source : le monde.fr 06/02/2006
Visiblement la liberté de parole est devenue une chose toute relative...
Insulter et provoquer les jeunes de banlieues (avec les conséquences que l'on sait) en les traitant de racailles et leur proposer un grand nettoyage de printemps au karcher ça fait certes réagir et polémiquer, mais ça ne semble pas répréhensible en haut lieu. Par contre qu'un magistrat se permette de donner son avis sur la question, et là il en va tout autrement !
La vérité ferait-elle peur à entendre ?
Les propos tenus par Didier Peyrat, vice-procureur chargé des mineurs à Pontoise, dans les journaux Libération et Le Monde n'ont visiblement pas plu à Nicolas Sarkozy. Mais qu'à donc bien pu oser dire le Magistrat à son propos pour se voir gratifié d'un avertissement ?
Libération, le 8 novembre 2005 : "Les événements qui se déroulent dans les banlieues françaises prouvent l'échec radical de la droite dans ses politiques de sécurité depuis avril 2002(...) Mais on aurait tort de ne voir que le bilan piteux de la majorité UMP. (...) Nous savons maintenant que la criminalité est toujours là, tenace. Elle a résisté à vingt années de politique de la ville ; (...) aux démonstrations de virilité télégénique de Nicolas Sarkozy ; comme à l'augmentation des effectifs de police."
Le Monde, le 17 novembre 2005 : "Luttons contre les causes. Banissons les mots vulgaires, les insultes, la démagogie de M.Sarkozy. Faisons de la prévention."
On comprend tout de suite mieux le couroux de notre ministre de l'intérieur ! Visiblement ce dernier a du mal à digérer la critique, tout préocupé qu'il est par un parcours sans faute. Comment repproche-t-on la chose à Didier Peyrat ? Jean-Amédée Lathoud, procureur général près la cour d'appel de Versailles, se fait porte-voix en jugeant ces propos "contraires aux obligations de réserve et de prudence". Bien, interprétons cette invective : un magistrat se doit donc de garder pour lui ce qu'il pense. Surtout s'il n'est pas d'accord sur un point de la politique gouvernementale. Ensuite il doit être prudent, sait-on jamais, ça pourrait déchainer les foules. Etrange, il n'y a pas plus de voitures brûlées depuis que ses propos ont été rapportés. Par contre utiliser le mot "racailles" pour parle d'une frange de la population qui vit en situation d'échec et laisse exploser son malaise, c'est très prudent, tellement prudent que du coup les jeunes de banlieues se sont dit "on est vraiment cons de semer la zizanie alors qu'il fait tant pour nous, faisons donc une grande réunion autour d'un feu, c'est convivial, et puis on chantera aussi des chansons et on rigolera beaucoup". Le hic, c'est qu'en banlieue il y a plus de béton que de bois de chauffage, du coup ils ont bien été obligés d'utiliser quelques voitures pour mettre l'ambiance. Mais c'est juste faute de bûches hein, pas du tout parce qu'ils étaient énervés qu'est-ce que vous allez vous imaginer. Parce que Sarkozy, LUI, il est très réservé et prudent. Il machouille bien ses mots dans sa bouche avant de les laisser sortir histoire de voir s'ils n'ont pas mauvais goût, il est pondéré, digne, un honnête représentant de la population quoi. Pas comme cet enquiquineur de Didier Peyrat qui a le culôt de remettre en cause ses politiques de sécurité. Ca c'est vraiment dangereux. Après tout, il est vice-procureur chargé des mineurs, donc les jeunes ça ne doit pas être son truc !
Menacer des gens qui ne sont pas tenus au secret médical ça s'appelle presque de la censure. Pas encore certes, mais c'est le stade juste avant. Celui ou on peut encore réagir. Après il sera trop tard. La démocratie n'est pas éternelle, elle est toute jeune, à peine 200 ans, et pas franchement majoritaire dans le monde. Ce serait folie de croire qu'elle est éternelle et fera son petit bonhomme de chemin sans qu'on s'en préocupe.
Ca reste étonnant de la part de quelqu'un qui déclare sur son site officiel :
Nicolas Sarkozy
Réunion des cadres de l'UMP,
Dimanche 16 janvier 2005
Une bien belle leçon de conviction et de cohérence, et encore une bonne raison de réfléchir d'ici mai 2007... et d'ouvrir l'oeil, et le bon !
une bien belle image en parfaite harmonie avec le discours qui l'accompagne...
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