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Fouiller l'Oeil

Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /2007 10:46
Ca y est, le premier tour est passé, et on sait enfin quels sont les deux sélectionnés pour le second.

Ce vote nous aura appris plusieurs choses :

Tout d'abord que le peuple français est capable d'une large mobilisation et se sent plus concerné par la politique que lors des élections précédentes. C'est un appel aux politiques en soi, un appel à prendre tous les français en considération, et donc une marque de confiance considérable. La ou le vainqueur de ces élections aura une lourde responsabilité, et si elle n'est pas assumée, elle grèvera pour longtemps la relation entre la tête du pouvoir et le peuple. C'est aussi un appel au reste du monde, signifiant un rejet des extrêmes pour laver l'affront de 2002.

Mais les résultats nous apprennent aussi qu'une femme, malgré son handicap premier, à savoir le fait qu'elle est une femme, et malgré toutes les attaques qu'elle a subi, a su réunir un capital de voies qui lui fait honneur. Les piques et les brimades n'auront pas suffi à la maintenir en troisième ou quatrième position.

En connaissance de tout cela, les français vont avoir à choisir entre deux personnes, deux partis, mais avant tout deux conceptions de la politique réellement différentes. Si sur certains points (le domaine économique en particulier) la marge de manoeuvre reste évidement limitée du fait que nous sommes inscrits dans un mécanisme mondial sur lequel nous ne pouvons que peu influer, la politique peut néanmoins peser sur énormément de choses quant à nos propres règles de fonctionnement : le politique de l'emploi, la protection sociale, les services à la collectivité, autant de choses qui malgré le libéralisme ambiant peut rendre la vie plus ou moins agréable, et croyez moi, là dessus il subsiste une différence réelle entre une politique de gauche et une politique de droite.

Nicolas Sarkozy promet de "protéger les Français (…) qui ont peur de l'avenir, qui se sentent fragiles, vulnérables, qui trouvent la vie de plus en plus lourde, de plus en plus dure".
En tant qu'héritier de la politique de la peur, légitime cousin proche des faucons américains, cette affirmation en peut que sembler ridicule. Lui qui a maintenu la population dans une peur permanente pour assoir son statut de sauveur ne peut être crédible dans ce discours : peur des immigrés, peur des jeunes de banlieue et des jeunes en général, peur de la concurrence, peur de ne pas être à l'a hauteur, pour résumer, peur de l'autre, et peur de ce qui est "autre". C'est par cette politique que l'incompréhension et la méfiance a gagné du terrain, et c'est probablement aussi cette politique qui a amené près de 90% des français à aller voter le week-end dernier, lançant ainsi un cri qui est un appel à vivre ensemble.

Les artistes et intermittents du spectacle (chargés par des CRS à plusieurs reprises lors de manifestations pacifistes), les personnes âgées (à qui on a supprimé une partie de leurs aides avant de demander aux français de travailler plus pour les aider), les salariés à revenus modestes et situations précaires (à qui on a vendu un CNE), les jeunes travailleurs (à qui on a essayé de vendre un CPE soit disant pour leur bien), les enfants d'immigrés et les immigrants potentiels (qu'on veut essayer de sélectionner comme un bétail sur l'état de leur gencives et leur capacité à contribuer à la grandeur de la France) savent bien ou devraient savoir que de telles allégations sont un pur mensonge démagogique.
Je pense que Mr Sarkozy ne trompe que les siens.

Celui qui a contribué à détruire le lien social entre les français ne peut pas rassembler sinon par la peur. Si au lieu de nous morfondre et de nous plaindre de l'obscurité nous allumions la plus petite lumière, nous verrions que nous ne sommes pas si seuls que ça, que nos voisins ne nous veulent pas nécessairement du mal, et qu'au contraire ils souffrent comme nous d'être coupés de la société par une méfiance maladive.

Qu'il y ait du chômage, des difficultés économiques, des aléas, ou que tout aille bien, la confiance dans l'autre est nécessaire à toute société pour qu'il y fasse bon vivre, elle doit être restaurée, et ce n'est pas avec Nicolas Sarkozy qu'on y parviendra.
Par Varg Veum - Publié dans : démago-a-gogo
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