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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 14:48
L'avenir on en a tous peur par les temps qui courent, et encore plus quand l'avenir représente les 4/5e de votre vie. Alors autant se préparer à ce qui nous attend le plus tôt possible avec l'endettement anticipé, grâce au Contrat magique du professeur Sarkozy !

Chippé sur le web des jeunes populaires.

"Nicolas Sarkozy propose un contrat d'avenir pour les jeunes"
Tel est le titre de l'article... on peut passer beaucoup à la jeunesse, surtout quand elle croit savoir parler d'elle avec du recul, mais quand on est dans le militantisme politique il faut quand même faire attention à ce qu'on écrit !
Le contrat d'avenir est un contrat d'aide à l'embauche pour les structures associatives ou à but non lucratif, oeuvrant en majorité dans le social. C'est un contrat plafonné à 26 heures / semaine, en CDD, qu'on pourrait qualifier de "contrat précaire".
Or le contrat d'avenir dont parlent les d'jeun'pop n'a rien à voir avec celui là, mais la confusion m'a tellement fait rire que je me devais d'en parler... bref, étudions la proposition de plus près :

"Comment pouvoir permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens de continuer leurs études ? Comment faire en sorte que les jeunes défavorisées puissent enfin vivre décemment ?"

Deux phrases, deux allégations, ça démarre fort, on a la pêche chez les jeunes de l'UMP !
Primo les études il faut en avoir les moyens, sous entendu la notion d'études payantes est normale et banale. Plutôt que d'aider, on responsabilise, on fait payer quitte à endetter des jeunes dont on sait déjà qu'ils vont avoir du mal à trouver du travail.
Deuxièmement, on reconnait qu'il y a des jeunes défavorisés, mais on a la prétention de les sortir de leur situation en leur faisant souscrire un prêt, car c'est bien de prêt qu'il s'agit :

"Nicolas Sarkozy a compris les envies d’indépendance des jeunes. Son envie : donner la possibilité aux jeunes faisant des études ou en recherche d’emploi, de signer un contrat d’autonomie avec l’Etat.

Ce contrat permettra aux jeunes de poursuivre leurs études de manière autonome, moyennant l’attribution d’un prêt à taux zéro, ou de suivre un programme rémunéré d’accompagnement et d’aide à la recherche d’emploi. Ce prêt d’un maximum de 10.000 € par an pourra être obtenu pendant 5 ans."

Passons sur le fait de confondre "envie d'indépendance" et "galères financières", il doit surement y avoir peu d'étudiants "défavorisés" chez les jeunes populaires.
Sous le terme de "contrat d'autonomie" se cache donc tout bêtement un prêt.

"L’aide sera remboursable, parce que c’est juste et vertueux."

Là j'aimerais m'arrêter un moment sur cette phrase consternante : rembourser un prêt oui, c'est juste et vertueux. Mais rembourser une aide est-ce que c'est juste ? La notion d'aide doit elle appeler nécessairement une contrepartie financière ? Oui car on est tout à fait dans la logique du "tout au mérite" de Nicolas Sarkozy : il faut mériter le droit d'être aidé, et ensuite rembourser cette aide. On peut donc logiquement s'attendre à ce que ce type de dispositifs remplace les aides existantes ou qui auraient pû être mises en place pour les "jeunes" (et les autres dans la foulée ?).

"Juste car ainsi cette mesure responsabilisera chaque jeune qui en profitera et qu’elle ne coûtera que peu d’argent à la collectivité."

Collectivité qui n'a pas à assurer le bien être de ses membres au passage, après les carrefours à sens giratoires, les collectivités à sens unique.

"Vertueux car chaque personne préfère vivre de sa propre activité plutôt que de la charité publique."

Quand j'en ai eu besoin à une époque de ma vie je n'ai nullement eu honte de toucher le chômage, au contraire, j'ai été encore plus content par la suite quand j'ai trouvé un emploi de contribuer à ce que les sans emplois puissent recevoir des aides par mon activité. Mais bon, tout ça c'est une question de conception... Sans compter qu'assimiler une aide à de la charité, c'est quand même pousser le bouchon un peu loin non ?

"Le remboursement du prêt ou de l’aide n’interviendra que lorsque son bénéficiaire aura stabilisé sa situation dans un emploi durable et correctement rémunéré."

Et si le jeune en question galère toujours pour trouver un emploi stable (quand on sait combien de temps il met en moyenne pour trouver un "vrai CDI" et la part qui est au chômage) comment rembourse-t-il dans ce cas là ?
Et puis promouvoir la flexibilité de l'emploi, les contrats courtes durée, le CDD, l'intérim, et dire "il remboursera quand il aura trouvé un emploi stable", ça veut dire quoi au juste ? Qu'est-ce qu'un emploi stable dans ce cas là ? Un CDD renouvelable une fois, ou un CDI avec une période d'essai de 5 ans ? Comment dans ces cas là seront remboursés ces prêts, par des prélèvements sur des salaires plafonnés au SMIC qui seront les seuls que les jeunes toucheront quand ils en auront la chance ? A moins tout simplement que les conditions d'attribution de ces fameux prêts soit très stricts et qu'il faille s'engager à accepter n'importe quel travail dans n'importe quelle condition, et là forcément c'est beaucoup plus simple. Mais si c'est le cas, l'histoire ne le dit pas...

Au final on peut donc dire que c'est une bonne proposition... pour l'UMP qui effectivement avec ce genre de pratique arrivera à faire faire des économies à l'état, mais au prix de l'endettement et d'une précarisation toujours plus importante des jeunes.

Par Varg Veum - Publié dans : Langue de bois
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