Lundi 16 octobre 2006
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Jeudi 12 octobre, Nicolas Sarkozy tenait un discours à Périgueux intitulé "notre république". Je me suis dit "tiens, on parle de nous ça m'intéresse". Quelle est donc cette république qui est la notre ? La 5e ? La 6e ? ... ou la 4e ? (à moins que ça ne soit plus proche de l'empire ?!)
Morceaux choisis de manière délibérément arbitraire.
Un beau discours en vérité, aux relents nationalistes, ou l'on apprend que les hommes de Lascaux étaient "les premiers artistes" (c'est sûr, il n'y en a pas eu avant on a vérifié), ou l'on glorifie la résistance à l'oppresseur, ou l'on trouve quelques perles comme
"Je veux l'unité. Je suis le garant de l'unité. Et s'il le faut je serai unitaire pour tous les autres."
Comme quoi l'unité n'est pas si difficile à atteindre, surtout quand on l'établit pour les autres. Ca doit surement être la 6e république c'est pour ça que je ne comprends pas, je ne trouve pas ça très démocratique, mais c'est encore trop nouveau pour moi...
Tiens, une autre belle envolée lyrique :
"Vous êtes les héritiers de tous ceux qui refusent l'idée même du renoncement, qui connaissent le sens des mots résistance, honneur, fraternité, liberté, justice, et pour lesquels par dessus tout la République n’est pas une pensée morte mais une idée vivante."
C'est puissant, c'est beau, il ne manque plus qu'un petit Wagner pour accompagner tout ça.
Récapitulons donc : résistance, honneur, fraternité, liberté, justice...
Pas d'erreur, tout y est ! (tiens, au passage, on a perdu l'égalité en route ?)
"Qu’il soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de la nation à l’extrême-droite."
Pas très loin du "socialement de gauche et économiquement de droite" qui avait fait grincer les dents il y a quelques temps. Au delà des clivages ? Contrairement à l'émission, Nicolas Sarkozy, lui, peut plaire à tout le monde ! On note quand même qu'il sous entend que ses prédécesseurs n'oeuvraient pas vraiment dans le républicain... pas plus que la gauche d'ailleurs : " Qu’ont fait les socialistes, pour la République ? Rien !" Voilà ce qu'on appelle une démonstration étayée par des arguments de choc.
"A ceux qui veulent le mouvement sans l’ordre je dis que le désordre prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le contraire de la République."
Ca Sarkozy l'a parfaitement compris, en plongeant le pays dans la peur des immigrés, des banlieues, des étrangers en situation irrégulière, il crée les conditions idéales aux contraire de la république.
"Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous soyons attachés, non parce qu'il est la marque d'une quelconque supériorité par rapport aux autres, mais parce qu'il exprime ce que nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots : la Nation, la République, l'Etat. Cette exception est politique. Elle est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme."
On comprend mieux le point de vue sur la culture de notre ministre de l'intérieur
"Je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance"
" Je propose que soit créé un budget annexe dédié exclusivement à la réforme de l’Etat qui sera abondé par les recettes de privatisation. Je propose que le principe de la gestion de l’Etat soit désormais la productivité et l’efficacité de la dépense publique..."
On revient, comme dans le traitement de la culture, à une notion de rentabilité. Déjà appliquée au culturel elle est dangereuse, mais que dire d'un Etat dont on jugerait l'efficacité sur l'optimisation de ses dépenses en premier lieu ? C'est la négation de la notion de service publique, qui par essence n'a pas pour but la rentabilité mais le service de tous. Nicolas Sarkozy veut lui substituer un fonctionnement efficace et rationnel. Plus pour tous donc forcément. Puisque qui dit rentabilité dit sélectivité, hausse des couts, et partage moindre. Mais à voir le nombre de fois ou dans ce discous apparaissent "les profiteurs", "ceux qui ne veulent pas de la France", "ceux qui ne veulent pas travailler", "les assistés" etc... on comprend bien ou il veut en venir. Parler aux Français de ce qui les énerve, ça marche à tous les coups. Finalement il est vraiment comme nous ce Sarkozy, il passe son temps à critiquer ce qui ne va pas , et il nous promet un avenir meilleur. Pour les bons français travaillant avec un revenu suffisant et qui respectent les clous bien sûr.
"Je propose que l’on entreprenne la réforme de l’Etat par l’évaluation des politiques publiques, en supprimant celles qui ne sont pas efficaces ou qui sont contradictoires."
Je vous prends directement à parti, monsieur Sarkozy, puisqu'en bon populiste vous résistez difficilement à ce genre d'appel, de venir expliquer sur ce Blog : "qu'est-ce que l'efficacité pour une politique publique ?" Ca ne marche pas on supprime. Bien. Les politiques d'insertion ne marchent pas ? tant pis on les supprimera, ça n'est pas grave car à la place on aura le service volontaire et les centres de détention pour mineurs. Nous voilà prévenus.
"Au fonctionnaire qui se sent mal payé, je dis que ma volonté est qu’il y ait moins de fonctionnaires mais qu’ils soient mieux payés et mieux considérés."
Moins de fonctionnaires, mieux payés, dans des structures visant la rentabilité. Soit je suis très con, soit l'électorat de l'UMP n'a aucune réthorique, mais de deux choses l'une : soit Sarkozy veut privatiser la fonction publique, soit il veut fonctionnariser le privé ! Voilà une promesse qui sera n'en doutons pas facile à tenir. Encore une fois on ne peut qu'être attérés devant le degré de contresens et d'abération de son discours...
"J’ai proposé à la jeunesse de France d’instituer le service civique obligatoire. On m'a répondu que c’était impossible. Nos aïeux ont fait le service militaire obligatoire et nous, nous ne serions pas capables de faire le service civique obligatoire ! De qui se moque-t-on ? Il faut en finir avec cette pensée unique qui dit toujours que ce qui est nécessaire est impossible. C’est ça la rupture !"
Indépendament du contenu de la phrase, voilà un bon résumé de la promesse type Sarkozyste : promettre quelque chose dont on n'est pas sûr que ça soit réalisable ! Peu importe, lui au moins il nous assure que c'est faisable. C'est ça la rupture (avec la réalité).
"...le salarié français ne voit pas le bout du tunnel de la rigueur salariale alors qu'il doit faire face à l'envolée des prix de l'énergie..."
Est-il besoin de rappeler que l'envolée des prix de l'électricité et du gaz sont en partie une conséquence de la provatisation d'EDF GDF, privatisation que Sarkozy compte utiliser pour financer sa réforme de l'état ?
"La République pour moi ce n’est pas seulement l’augmentation du SMIC comme le proposent les socialistes. C’est l’augmentation des salaires pour tous ceux qui le méritent."
Je sais que c'est bien d'avoir ce qu'on mérite, mais je ne peux m'empêcher de trouver cette manière de tout rammener à l'effort et au mérite malsaine. Non que je trouve qu'il ne faille pas travailler dur pour mériter, au contraire, c'est un de mes principes, mais tout apprécier au mérite dans une optique d'efficacité et de rentabilité c'est pour moi les bases de ce corporatisme que ce même Sarkozy, jamais à court de culot, prétend pourfendre. S'il avait plusieurs queues, il se les mordrait toutes !
bref, je vous laisse lire la suite qui est du même acabit...
Par Varg Veum
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Publié dans : Langue de bois
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