Jeudi 16 février 2006
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"L’UMP prépare un projet politique pour la France, fondé sur une vision pour notre pays. Ce projet a une ambition culturelle ; mieux, il est fondamentalement culturel. Redresser notre économie, assurer le plein emploi, donner une place à chacun, rendre la réussite accessible à tous, moderniser et ouvrir notre démocratie, notre projet n’a en réalité qu’un seul objectif : que la France soit de nouveau une terre qui brille, qui brille dans tous les domaines, et notamment dans la science, les arts, les lettres et la culture."Le discours s'ancre d'emblée dans une approche économique de la culture, ce qui peut ammener à craindre le pire...
"Je crois dans le rôle de l’Etat et des collectivités territoriales – ô combien plus engagées d’ailleurs – pour soutenir la culture. Mais si la France a été, de longs siècles durant, l’un des foyers les plus prospères de la culture, ce n’est pas parce qu’elle a eu Louis XIV ou Malraux, c’est d’abord parce qu’elle a eu des artistes, et les plus grands."Que doit-on comprendre à ça ? Que si la culture française a rayonnée à ce point c'est du fait de ses artistes et non des gens qui ont porté leur art ? Comment est-il envisageable qu'une culture puisse franchir des frontières par sa seule force créatrice, quand on voit la difficulté pour un artiste de s'exprimer localement ? Lancer des fleurs aux artistes français, c'est gentil, mais ça n'est pas ça qui les fera vivre. Et dire qu'on doit la renommée de la culture française à la qualité de ses artistes, c'est presque considérer que l'art peut vivre par la seule loi du marché. Si c'est vrai pour certains, c'est loin d'être le cas pour une très arge majorité des artistes !
"Paris n’est plus la capitale internationale de l’art comme elle l’était du temps de Chagall, Picasso, Kandinsky ou Miró. L’année dernière, 38% du chiffre d’affaires du marché de l’art a été réalisé à Londres contre 5,7% à Paris."Voilà qui confirme mes craintes : être une capitale de l'art veut dire pour Nicolas Sarkozy générer un chiffre d'affaire sur le secteur artistique plus important que celui de son voisin.
"Comment faire pour qu’ils puissent vivre en France de leur métier, qu’ils deviennent des artistes et des auteurs à la fois aimés d’un public français et connus dans le monde entier ? Voilà la première question qui est posée à notre politique culturelle."La principale préocupation en matière de politique culturelle est donc actuellement promouvoir un art aimé du public en France et à l'étranger. C'est affligeant de réductivisme. Vivre de son art sans pour autant avoir des visées planétaires, ça peut aussi être envisageable non ?
"...Je pense même que nous devons augmenter le budget du ministère de la culture puisque notre projet est de privilégier les dépenses d’avenir."Entendre par là "faire des placements rentables à moyen ou long terme".
"En même temps, il faut cesser de mépriser les financements privés. La loi de 2003 sur le mécénat a mis notre pays au niveau des autres grandes nations s’agissant des facilités juridiques et fiscales. Ce sont maintenant les mentalités qui doivent changer. La France doit être un pays qui valorise ses mécènes, ses collectionneurs, ses fondations. Fixons des obligations de résultat aux établissements culturels en matière de mécénat. Et commençons bien sûr par avoir une politique économique qui ne fasse pas partir à l’étranger ceux qui ont de l’argent à investir, mais les fasse revenir."On se soucie donc principalement des investisseurs...
Si le mécénat peut grandement contribuer au développement et au soutien de l'art, on peut en réfléchissant un brin imaginer la partialité d'un tel mode de financement : sélectif, à la recherche de rentabilité tant en terme d'image que financièrement.
"l’ouverture des établissements supérieurs d’enseignement, en particulier les grandes écoles, à des étudiants ayant un parcours artistique d’exception, afin de diversifier le profil de nos élites."Diversifier le profil oui, mais en favorisant néanmoins les élites.
"Il faut regrouper la direction des médias, le ministère de la culture et l’Education nationale sous l’égide d’un seul ministère. Grâce à cela, la culture bénéficiera d’un budget renforcé, de capacités stratégiques supérieures et son poids politique sera incontournable... Le sujet, c'est de renforcer la programmation culturelle sur les chaînes généralistes, aux heures de grande écoute, avec des programmes de qualité."Difuser une programmation de qualité à une heure de grande écoute, en promotionnant des artistes "aimés du public"... sic... quel sera le contenu de cette programmation culturelle ? Ou est la chance de réussite pour les artistes "peu rentables" ?
"aucun système d’attribution des aides n’est idéal... le gouvernement doit fixer des objectifs d’intérêt général à ces aides, en particulier pour celles qui sont renouvelables : par exemple, des objectifs en termes de diversité, de publics visés, et de succès auprès du public."Et donc... établir des quotas par catégorie artistique ? Renouvelable, ça veut dire rentable ? Les aides ne seront-elles accordées que pour des manifestations qui auront fait leurs preuves après plusieures éditions ? Comment peut-on entendre concilier "renouvelable", "succès auprès du public" et "diversité" ? La diversité ne se trouve-t-elle pas justement dans l'opportunité d'essayer ? L'intêret général, en terme de droit je vois à peu près ce que ça veut dire, mais en terme artistique comment peut-on le traduire ?
Et les intermitents dans tout ça ? On pourrait s'attendre dans ce long discours à une série de proposition pour régler le problème de leurs conditions déplorables non ? Vous savez, ces intermitents massivements utilisés dans les grandes structures culturelles d'envergure nationale si chères à Nicolas Sarkozy... Ces intermitents qui représenteraient
selon un rapport gouvernemental 20% du personnel employé par les grandes chaînes de télévision et de radio publique... Ces intermitents
que le même Nicolas Sarokzy fait déloger par des CRS lors de manifestations pacifistes... Voilà ce qu'en dit Nicolas Sarkozy :
"Force est de constater que le protocole de 2003 sur les artistes et techniciens intermittents n’a pas permis de retrouver l’équilibre financier du régime. Il faut construire un dispositif pérenne, qui cible les artistes et les techniciens, réprime les abus, et assure à nos artistes un niveau de vie digne, tenant compte du caractère nécessairement discontinu de leur activité. Je fais confiance aux partenaires sociaux pour envoyer dès le 14 février des signes en ce sens. Si la négociation échouait, mais seulement dans ce cas, et nous ne le souhaitons pas, le Parlement devrait prendre ses responsabilités."Pas de proposition ni de mesures concrètes pour l'instant donc... Dommage.
Pour tenter de résumer le contenu de ce propos :
- centraliser la direction de la culture et des médias au sein d'un même ministère
- favoriser les artistes "d'exception"
- soutenir la qualité et répondre aux attentes du public
- soutenir des crétions pérènes assurant un succès certain
Encore une fois, comme sur tant d'autres sujet, Nicolas Sarkozy tient un discours simpliste et réducteur, axé sur le rendement économique. N'aura de soutient que ce qui est rentable.
Plus que jamais, cette phrase d'André Gide risque d'être d'actualité :
"L'art nait de souffrances, vit de luttes, et meurt de liberté".
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