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Qu'est-ce donc ?

Fouiller l'Oeil

Mardi 13 novembre 2007

Modeste  tentative (qui a dit vaine ?) d'y voir plus clair dans ce qui se trame au sommet ces jours-ci, ou "La politique de Sarkozy pour les nuls".
Un réquiem social en cinq mouvements


Imaginons (c'est tout de suite plus chouette !) que je sois président de la république...

 

    Je suis président donc. La grande classe, Yacht, vacances US et divorce en première page de la presse people. Je suis président, et j'ai construit ma carrière politique en habile tacticien en forgeant des amitiés avec des puissants, du secteur économique, politique et des médias (ce qui en France revient souvent au même). J'ai beaucoup d'obligés, et on me refuse rarement car j'ai de solides atouts/dossiers dans mes manches.

    Je prône la rupture pour me faire élire et je démarre sur les chapeaux de roue en faisant des cadeaux substantiels à mes amis puissants et leurs vassaux. Seulement voilà, tout ce luxe ostensible ça commence à se voir, et j'ai plusieurs réformes très délicates à faire passer, en particulier celle du contrat de travail. Autant dire que c'est quasiment impossible sauf vouloir un choc frontal avec le "mur" des syndicats, qui restent en France pour certains très puissants. Si je veux réformer le contrat de travail du privé, les syndicats monteront au créneau pour protéger les acquis du public. Si je veux toucher aux acquis du public, les syndicats me tombent dessus à bras raccourci dans un même élan solidaire... Comment m'y prendre donc ?
De la même manière que j'ai monté les électeurs de gauche contre la gauche et rallié les mécontents pendant les élections ! A la différence près que quelques variables changent...

1) Tout d'abord il me faut fragiliser les syndicats c'est le nœud le plus facile à démêler. J'ai déjà lancé des consultations avec certains d'entre eux histoire de faire montre d'ouverture et de volonté de débattre pour qu'on ne puisse pas m'accuser d'être obtus et vouloir passer en force. Sauf que bien sûr on se contentera d'écouter ce que les représentants des syndicats ont à dire, et dans l'idéal on lâchera quelques miettes à certains d'entre eux histoire d'attiser les rivalités déjà existantes et de semer des soupçons de "collaboration avec l'ennemi".
Ca c'est pour la partie "fragiliser le ciment du mur".

2) Ensuite une fois séparés les "gentils et raisonnables" syndicats des "obtus et irréalistes réfractaires au changement", il me faut gagner le soutien de l'opinion public. Là encore il faut jouer sur du velours, mais c'est sans compter ma longue expérience de traitre, expert pour monter les gens les uns contre les autres : je connais la recette ! Vu que je ne pourrais pas faire avaler à monsieur tout le monde qu'en plus de travailler plus et jusqu'à une âge plus avancé, il lui faudra accepter un contrat de travail unique précaire, il me faut l'amener à se tirer une balle dans le pied, et c'est là qu'intervient le pion "syndicats des obtus et irréalistes réfractaires au changement". Il me suffit de choisir celui contre lesquels il sera le plus facile de monter le "grand public" : qu'est-ce qui horripile quand il y a grève ? Ce dont les citoyens sont le plus dépendant du fait de l'évolution du mode de vie urbain et de la hausse du logement qui pousse à habiter de plus en plus loin des agglomérations ? Les transports ! Rien n'énerve plus le travailleur redoutant la journée de travail qu'une grève des transports.

3) Il me suffit donc de trouver la liste des bons arguments : les fonctionnaires, ces fainéants, ces nantis qui parte à la retraite 2 ans et demi plus tôt que tout le monde, et qui en plus se permettent de faire grève à la moindre occasion, tout le monde leur voue une vive haine intérieure c'est sûr ! A l'aide de mes puissants amis qui ne peuvent rien me refuser (voir 1er paragraphe) j'organise une campagne de haine médiatique comme je sais si bien le faire (j'ai quand même réussi à doubler l'ancien champion en la matière, ne l'oubliez pas). Au final après quelques temps à laisser les premières grèves s'organiser et entrevoir une terrible mobilisation à l'approche des fêtes, j'ai environ disons 55% d'opinion publique pour moi. Le fruit est mûr à point pour la compote, on peut passer au presse purée.

4) La phase suivante, pourrait s'appeler "laisser l'aveugle tomber dans le trou que son chien vient de creuser" : les mouvements de grèves sont très mal accueillis par une large majorité des messieurs tout le monde, qui en arrivent à mettre tous les fonctionnaires dans le même sac (enseignants, cheminots, ouvriers de l'énergie, sécu, mais pas les élus tout de même) ainsi qu'à y être les étudiants. C'est comme un fonctionnaire un étudiant, c'est improductif un étudiant, et ça coute cher. Tout comme les pauvres quoi ! Les syndicats se cassent les dents donc, se mettent tous les usagers à dos, et finissent épuisés par des querelles internes/intersyndicales. J'en profite pour achever l'extrême gauche qui faisait désordre...

5) Dernier mouvement du requiem, je peux faire passer mes réformes sur le droit du travail qui vont toucher tout le secteur privé. Il ne manifeste pas le secteur privé, ou de moins en moins. Les syndicats ne vont pas monter au créneau pour le défendre le privé, surtout vu l'attirail tranchant et pointu que ce dernier a pris soin de leur planter dans le dos ! De toute façon les syndicats sont dans l'incapacité de se mobiliser et de mobiliser de manière cohérente à présent. Et voilà, le tour est joué, le CDI enterré, et l'intérim démocratisé. Vous n’aviez pas aimé le CNE ? Le CPE vous avait effrayé ? Soyez heureux, ils vont revenir en "version longue" !

 

 

Par Varg Veum - Publié dans : démago-a-gogo
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