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La saison des mouvements sociaux est arrivée ! Juste avant les fêtes comme à l'accoutumée, entre les blancs flocons et les rouges drapeaux
la grogne monte. Oui me direz vous, comme tous les ans à la même époque, surtout après une présidentielle. Certes. Sauf que cette année il y a parait-il un gros paquet de
réformes dans la hotte du père noël...
Un gros paquet ? En apparence oui. Rien à voir avec le paquet fiscal par exemple. Celui là c'était du lourd. En Milliards qu'il se comptait. Un sacré paquet. Là non, c'est
plutôt comme une grosse boîte en carton avec un joli papier brillant et un gros ruban, mais pas grand chose dedans. Une boîte à vent, avec les promesses du programme présidentiel gravé en lettres
d'or dessus.
On compare beaucoup Nicolas Sarkozy à Me Thatcher en ce moment, mais il y a une différence fondamentale : Thatcher elle a réellement fait ce qu'elle avait
annoncé (pour le meilleur et pour le pire), Sarkozy, lui, ce qu'il fait réellement c'est annoncer. Et de reculer sur les points les plus délicats, on verra ça plus
tard.
Du moins c'est la stratégie qui a été sienne ces cinq derniers mois : un grenelle de l'environnement qui est réellement écologique
puisque l’inventaire de ses avancées concrètes tiendrait sur très peu de papier, une future réforme des institutions qui est loin de la 6e république qu'on aurait pu imaginer, une
France de propriétaires qui continue de rêver de l'être, et une France de locataires qui en a marre de l'être. Sans parler du chouette climat ambiant ou chacun garde un œil sur son
prochain.
Ambiance festive garantie pour cette fin d'année. Non, décidément ce ne sont pas des réformes, juste la continuité de la casse sociale et économique amorcée depuis déjà un bon moment, avec néanmoins une accélération marquée. Ok, on ne refait pas le monde en cinq tout petits mois c'est sûr, mais parti comme c'est en cinq longues années ne suffiront pas. On peut se demander laquelle de ces réformes débouchera sur quelque chose de concret et surtout de positif pour le plus grand nombre (celui qui comprend 3% de riches et 50% de naïfs).
LA réforme du moment, celle qui fait couler encre et bave à flots, c'est celle des régimes spéciaux de retraite. Ou plutôt "du" régime spécial de retraite. Ca ne vous intrigue pas qu'on s'attaque comme par hasard en premier à la retraite des cheminots ? Pourquoi eux d'abord plus que les autres ? Pourquoi pas une réforme de la retraite des militaires qui pèse probablement un poids conséquent ?
Ca vous révolte que ces fainéants de cheminots puissent partir à la retraite après 37.5 années de cotisations, mais personne n'est énervé
par le fait qu'un militaire puisse le faire au bout de 15 ans... Soit. Militaire c'est risqué. Mais tout le monde ne va pas sur le terrain et pas tout le temps. Et pourtant un
administratif militaire peut prendre sa retraite après 15 années de service.
Pourquoi pas un régime de retraite ou après seulement 5 années de cotisations on toucherait plus que le SMIC dès 60 ans et pour toute la vie ans tant qu'on y est ? Je suis sûr
que si on découvrait des cheminots ou des postiers avec un tel avantage ils finiraient fissa sur un bûcher. Et pourtant ce régime de retraite existe... c'est celui de nos députés !
Voyez comme l'art et la manière de présenter les choses peuvent rendre quelqu'un sympathique ou détestable dans l'opinion publique. On vous
vend la mise à mort de la retraite des cheminots parce qu'on sait pertinemment que vous allez adorer les détester. Après tout c'est à cause d'eux que vous êtes en retard. Parce qu'ils
défendent leurs acquis. Mais aussi le votre, celui qu’on appelle « service public ». Allez travailler en prenant le train en Angleterre pendant un petit mois et vous comprendrez ce que
les cheminots essaient "aussi" de protéger.
J'ai été choqué de voir dans un sondage (qui certes reste un truchement numérique) que les français étaient désolidarisés des cheminots, mais aussi policiers, enseignants, et
tous les fonctionnaires en général. Des nantis paraît-il. Allez enseigner en collège ou tenir un guichet à la poste si vous les enviez tant. Allez rester dans la même maison
pendant 37 ans sans jamais pouvoir changer d'entreprise ou presque si vous êtes jaloux, et surtout posez-vous la bonne question : la réforme des régimes spéciaux est-elle réellement celle
des régimes spéciaux, ou celle déguisée du régime général ? Il est beaucoup plus facile de niveler par le haut que d'élever le bas de l'échelle c'est bien connu. Et c'est ce que le
gouvernement actuel fait, dans la plus pure tradition des gouvernements Chirac. Enfin, par le haut... le haut du "nivelable", parce que le chef de l'état et ses copains on n'y touche pas tout de
même.
Quand on dit au privé qu'il va falloir travailler plus longtemps, le privé râle. Mais plus les fonctionnaires travailleront longtemps, plus les
salariés du privés travailleront encore plus longtemps. Moins les syndicats (ou toute autre organisation de défense du droit des salariés) auront de pouvoir, moins les salariés du privé auront
de droits, y compris celui de réclamer un meilleur salaire ou de meilleures conditions de travail. La fonction publique est comme un garde-fou des conditions de travail dans le
privé.
Et puis casser la fonction publique et la privatiser c'est tout soumettre au principe du marché. Vous trouvez la vie trop chère ?
Petite expérience : notez le prix du kilowatt/heure, du timbre, d'un billet de train standard, bref, de tout ce qui a été, est, ou va être privatisé dans la fonction
publique, puis tous les mois renouvelez l'opération de manière à pouvoir comparer. Au bout d'un an faîtes le point avec le recul. C'est devenu très cher non ? Normal, il n'y a plus de
régulation de l'état sur ces prix ! Vous trouvez que les frais bancaires vous assassinent et sont scandaleusement élevés ? Bientôt votre ticket de métro et votre ordonnance médicale seront
aussi généreux avec vous. C'est aussi ça "secouer tous ces fainéants qui ne veulent pas se mettre au travail" (et sous-entendu « laisser le marché s'occuper de tout »).
La seule rupture tangible n'est pas nouvelle, elle existait déjà et se creuse encore plus chaque jour. Chirac l'avait appelée "fracture sociale",
espérons que son soin sera pris en charge par la SECU… si elle existe encore.
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