Bienvenue sur l'OEIL - un regard sur Nicolas Sarkozy
ALEXIS DE TOCQUEVILLEHomme politique et historien français (1805-1859)
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ALEXIS DE TOCQUEVILLE
Sur le site des jeunes populaires donc, on trouve un tract ventant les mérites du CPE.
L'entête affiche les revendications uivantes :
" Les Jeunes Populaires souhaitent qu’un jeune sur quatre ne soit plus condamné au chômage !
Les Jeunes Populaires souhaitent qu'un jeune moins qualifié ne soit plus condamné au chômage !
Les Jeunes Populaires souhaitent qu’un contrat de travail non précaire soit la règle pour les jeunes ! "
Qui ne le souhaiterait pas ? Ils sont ma foi fort sympathiques ces jeunes. Pour peu qu'on oublie d'où ça vient, on pourrait croire à un tract de la gauche. Mais il s'agit de l'introduction, voyons les allégations...
"- Le CPE est un vrai contrat de travail à durée indéterminée."
Oui et non : le CDI existe déjà, il s'agit là d'un nouveau contrat de travail, qui se rapproche d'un CDD . Le terme est "indéterminé", mais la sécurité du poste l'est aussi par le fait qu'on peut être licencié sans motif sous quinze jours, même si on est dans l'entreprise depuis plusieurs mois.
"- Le CPE donne droit à la même rémunération que les autres salariés."
Oui, et c'est encore heureux, si en plus de la période d'essai de deux ans on n'avait pas de smic garanti ça serait malheureux !
"- La période de consolidation permet au jeune de se former et de faire ses preuves, on lui donne enfi n sa chance !"
Deux ans pour faire ses preuves... est-ce bien nécessaire d'attendre aussi longtemps ? Ce type de discours sous entend que dès le départ, ce qui est mis en cause, c'est le sérieux et la bonne volonté du "jeune", qui serait majoritairement un glandeur invétéré. Sois heureux, jeune, on va te donner la chance d'être utilisé pendant deux ans sans engagement ! Donner sa chance c'est faire confiance, et pour moi deux ans d'essai ça n'est pas vraiment une marque de confiance. Est-ce qu'un salarié qu'on fait mariner deux ans pour savoir s'il va être embauché définitivement se sentira motivé et en confiance ? Il va surtout avoir une énorme pression, dont il n'a pas nécessairement besoin vu la conjoncture actuelle...
"- Le CPE donne droit à la formation dès le deuxième mois d'activité."
Ca semble être une bonne mesure, peut être une des plus valable du dispositif, reste encore à voir dans quelles conditions, et quels types de formations seront accessibles.
"- Le CPE permet un accès au crédit et au logement."
Ils ne croient pas si bien dire... l'accès au logement en question sera l'avancement de la caution par le système Locapass, remboursable par un emprunt. Donc accès au logement PAR le crédit. Seulement si le salarié est licensié disons au bout de cinq mois, comment rembourser cette caution ?
Le discours de Dominique de Villepin veut nous assure que banquiers comme agences immobilières sont disposées à considérer les CNE et CPE comme un CDI normal.
René Paillincourt (Président de la FNAIM) le contredit d'emblée :
"Notre compagnie d'assurance, qui garantit les loyers impayés, refuse de prendre les dossier de locataires titulaires de CNE ou, à l'avenir, de CPE s'ils ne disposent pas d'une caution"
Le mensonge est tellement énorme qu'il mérite d'être placardé sur les murs de Matignon !
Quant aux banques, rien ne les obligent à justifier le refus d'un crédit. Pensez-vous vraiment qu'elles vont accepter un jeune dans une situation incertaine pendant deux ans ? Dominique de Villepin nous garantit que les CPE et les CNE n'empècheront pas les embauches qui auraient été faites de toutes façons en CDI...
La chose serait valable si tous les employeurs jouaient le jeu ! Mais soyons honnêtes : vous êtes une entreprise qui doit faire de l'argent, vous avez le choix entre un CDI avec deux mois de période d'essai, et un CNE ou CPE avec deux ans d'essai, lequel choisissez-vous ?
"- Le CPE ouvre enfin droit à l'indemnisation du chômage."
Oui puisque c'est un CDI, ça n'a rien d'étonnant.
"- La précarité c'est le chômage, le CPE c'est l'emploi !"
On sent que ça a été proféré par des personnes qui ne connaissent pas vraiment la précarité... On peut être salarié et dans une situation de précarité, c'est même le cas de plusieurs millions de personnes, et je vois mal comment le CPE pourrait faire autrement que d'agraver ça. Deux ans sans garantie d'emploi fixe c'est une forme de précarité, sauf pour les jeunes populaires qui ont surement fait de hautes études en mathématique. On sent comme une volonté de brouiller les frontières qui existent entre chômage, emploi, et précarité. Certes il vaut mieux être employé que chômeur c'est indéniable. Mais il vaut aussi mieux être en CDI classique qu'en CPE ou en CNE.
Pour faire une parenthèse, en parlant d'allègement de charges, il faut savoir qu'un plan d'extension du CNE est à l'étude (Le figaro, 17 janvier 2006) prévoyant un allègement de charges sur les heures supplémentaires (mesure déjà proposée par Nicolas Sarkozy). On sort du cadre du CPE, mais la réflexion mérite toute notre attention. Qui dit allègement de charges sur les heures supplémentaires dit remise en cause du principe de durée légale du travail. Quant on sait que Laurence Parisot, la présidente du MEDEF est partisane d'une suppression pure et simple du concept de durée légale du travail, on voit aisément vers quoi tout ça peut converger...
La suite du tract établit un comparatif entre le CPE et les emplois jeunes pour montrer qu'elle, contrairement à la gauche, propose de vraies solutions. Autant comparer des chèvres avec des colibris ! Les emplois jeunes visaient la fonction publique, les CPE et CNE visent le privé. Les emplois jeunes étaient des CDD de deux ans et demi renouvelables une fois, le CPE est (sic) "un vrai CDI".
Ca reste un avis personnel, mais je préfèrerais avoir deux ans et demi d'emploi garanti que deux ans sans certitudes. Et ça c'est comparable. Alors bien sur les CPE vont réduire le chômage, si on peut licencier plus facilement, on va plus embaucher, ca semble assez évident. Mais pendant la fanfaronade des chiffres il faudra aussi se soucier de la manière dont vivent les jeunes concernés.
A la vérité, le CPE et son frérot le CNE sont surtout une alternative au CDD qui est bien plus contraignant dans ses conditions de recours légal, une sorte de fusion qui transofrme le CDI en une CDD+CDI aux conditions avantageuses pour les entreprises : période d'essai d'un CDD = 1 à 3 mois pour un CDI, 2 ans pour un CPE.
Alors on va surement nous reprocher de n'être jamais content et de ne pas vouloir travailler, de ne pas avoir envie de nous en sortir et de ne pas apprécier les efforts qu'on fait pour nous... Mais comment nous reprocher de refuser de faire un pas de plus vers une précarisation déjà pesante ?
Abracadabra, fouchtra !
"Il y aurait une contradiction majeure à plaider pour l’intégration et à revenir sur le regroupement familial qui est un droit garanti par la Convention européenne des droits de l’homme. Il n’est pas question de revenir sur ce droit."
Et juste après (attention ça va aller très vite) :
"En revanche, je veux encadrer le regroupement familial: l’étranger qui demandera à être rejoint par sa famille devra prouver qu’il peut la faire vivre à partir des revenus de son travail. On ne prendra plus en compte les diverses allocations sociales".
Ah la beauté et la truculence de la langue française, on comprend mieux pourquoi Sarkozy veut que les immigrés la maîtrisent aussi bien que lui, ça permet changer sans changer. C'est quand même épatant ! Après la force tranquile, le changement statique...
En tous cas, un smicard, si on excepte ses allocations familliales, aurait difficilement de quoi faire vivre "correctement' sa famille, d'autant qu'on ne sait encore rien des critères d'appréciation de ce "correctement". Bref, que veut dire "prouver qu’il peut la faire vivre à partir des revenus de son travail" ? Des chiffres ? des exemples ?
On ne va pas non plus faire dans le détail !
"Dans le cas d’une femme gardée en otage à son domicile sans apprendre le français, la famille entière sera contrainte de repartir."
Voilà qui va surement alléger les tribunaux.
Plus vite ! Plus vite !
Jusqu'à maintenant, un étranger déclaré expulsable disposait d'un mois pour quitter le territoire. Le projet introduit une "obligation à quitter le territoire" qui ramène ce délai à quinze jours. Quinze jours pour dire adieu à sa vie, qui peut durer depuis de nombreuses années pour peu qu'on soit clandestin, qu'on travaille au noir, et qu'on ait fondé une famille. Dans ce cas pourquoi ne pas appliquer des procédures aussi expéditives aux politiques coupables de malversation, de corruption ou de détournement ? Je me plais à immaginer Jacques Chirac reconduit aux frontières de la Corèze en charter...
On pourra donc avoir travaillé au noir pour la France, en escroquant l'état certes (mais la faute incombe plus à l'employeur qu'à l'employé dans ce cas de figure) mais en contribuant néanmoins à son développement et se voir remercié au bout de quinze jours. Ne nous attristons pas trop cependant et pensons aux jeunes embauchés en CPE qui pourraient eux être remerciés du jour au lendemain pendant les premiers mois de leur contrat. Finalement peut être qu'on s'inquiète pour rien pour les immigrés, ils sont encore mieux traités que les français...
Donc si on résume :
Avec ce projet de loi on n'accepterait plus comme immigrés que des cerveaux ou des étudiants studieux, des ouvriers qui gagnent 1.500 euros net par mois, et le tout pour une durée déterminée, à la condition qu'ils soient parfaitement intégrés et gagnent bien leur vie. Ca représente surement une grande part de l'immigration ça. Mais ça n'est pas un prétexte pour, par une série de conditions, réduire l'immigration de manière sélective en arguant du bien des imigrés et de la France. Non madame, vous faites fausse route.
M'est avis que ce type de mesure tendrait à créer un climat de méfiance et d'hostilité, de peur de l'autre, un insolement et probablement un regain de clandestinité. Ca sera surement une bonne chose pour aider les immigrés à se sentir intégrés. Des fois j'ai franchement honte d'être français...
une bien belle image en parfaite harmonie avec le discours qui l'accompagne...
Une interview de Nicolas Sarkozy dans le Journal du Dimanche du 5 février 2006, reproduite sur le site de l'UMP , résume les principales propositions de son avant projet de loi sur l'immigration.
Le constat de départ, et la raison invoquée pour justifier la nécessité d'une telle loi est le suivant :
"(...)aujourd’hui seulement 5% des immigrés sont des immigrés du travail. Le système d’intégration s’est donc bloqué, emporté par le nombre grandissant d’une immigration irrégulière qui a conduit à une paupérisation de cette population, à la constitution de véritables ghettos, à la paralysie et au détournement du système."
On part donc d'une statistique chiffrée, à priori basée sur une mesure plus ou moins fiable.
En toute logique, le journaliste enchaine donc "Comment arrivez-vous à comptabiliser l’immigration irrégulière puisque par définition elle est clandestine?"
Ce à quoi l'intéressé répond que la France subie son immigration, qu'il ne faut pas céder à un extrème (l'immigration zero) ni à l'autre (l'absence de controle) mais trouver un juste milieu. On débute donc d'emblée par une non-justification de la statistique évoquée, qui comme le souligne justement le journaliste a peu de chance d'être mesurée car la clandestinité, en principe, on peut difficilement l'apprécier, sauf visiblement à l'UMP ou ils ont de fins limiers (à moins que ce ne soient des médiums ?).
Bref, accrobatie préambulesque habituelle de la langue de bois politicienne. Passons au contenu à proprement parler. L'immigration voulue par Nicolas Sarkozy serait une immigration "choisie". Certes. Mais choisie comment ? En fonction de quels critères ?
Les chercheurs pourront chercher... ailleurs.
Le projet de loi crée un titre de séjour "Compétences et talents" délivré aux étrangers "susceptible de participer, du fait de ses compétences et de ses talents, de façon significative et durable au développement de l'économie française ou du pays dont il a la nationalité". On introduit donc une notion de rendement dans le choix de l'immigration de travail. Amis hautement qualifiés, scientifiques, chefs d'entreprise, soyez les bienvenus, du moins pendant un certain temps, parce que tout de même il faudrait voir à ne pas abuser de notre hospitalité. Après le CPE, verra-t-on naitre un CPI (Contrat Première Immigration) assorti d'une période d'essai pour voir si l'investissement en immigration est réellement rentable ? Est-ce bien étonnant parès tout de la part d'un gouvernement fait entrer à grands coups de procédures d'urgence le droit du travail dans l'ère du jetable ?
Je préfère une tête bien pleine plutôt qu'une tête bien faite (surtout si elle vient d'ailleurs).
Les étudiants ? Sarkozy pense aussi à eux. Ils se verront délivrer un titre de séjour d'un à quatre ans, fonction de la durée du cursus dans lequel ils s'engagent. Au terme de cette période, et (on peut imaginer) s'ils ont bien travaillé, ils se verront délivrer un titre de séjour d'une durée de six mois pour chercher du travail, mais "au regard de leur projet professionnel, de leur projet de retour et des conditions dans lesquelles ils envisagent de participer au développement de leur pays" (d'après l'entourage du ministre). Autrement dit on peut jouer les prolongations si on n'a pas l'intention de s'éterniser ici. Et si jamais les étudiants en question ont envie de rester travailler en France ? S'ils ont entre temps rencontré un ou une compagne et souhaitent y fonder une famille ?
Vous n'êtes ni qualifié ni étudiant ? Nous avons la solution !
"il est plus juste de faire venir des gens pour qui on a un travail et un logement que d’accueillir ceux à qui on ne peut rien offrir".
Quand on voit la difficulté avec laquelle un français moyen peut trouver un emploi stable et un logement, on se demande s'il ne va pas y arriver à l'immigration zero...
"Quand il y a des secteurs économiques où les Français ne sont pas candidats, il n’y a que des avantages à faire venir des travailleurs étrangers"
Mauvaise langue que je suis, on pourra toujours continuer à importer des balayeurs et des manutentionaires. Vivement qu'il n'y ait plus de candidats français à la présidence de la république qu'on rigole un peu !
à suivre...
source : le monde.fr 06/02/2006
Visiblement la liberté de parole est devenue une chose toute relative...
Insulter et provoquer les jeunes de banlieues (avec les conséquences que l'on sait) en les traitant de racailles et leur proposer un grand nettoyage de printemps au karcher ça fait certes réagir et polémiquer, mais ça ne semble pas répréhensible en haut lieu. Par contre qu'un magistrat se permette de donner son avis sur la question, et là il en va tout autrement !
La vérité ferait-elle peur à entendre ?
Les propos tenus par Didier Peyrat, vice-procureur chargé des mineurs à Pontoise, dans les journaux Libération et Le Monde n'ont visiblement pas plu à Nicolas Sarkozy. Mais qu'à donc bien pu oser dire le Magistrat à son propos pour se voir gratifié d'un avertissement ?
Libération, le 8 novembre 2005 : "Les événements qui se déroulent dans les banlieues françaises prouvent l'échec radical de la droite dans ses politiques de sécurité depuis avril 2002(...) Mais on aurait tort de ne voir que le bilan piteux de la majorité UMP. (...) Nous savons maintenant que la criminalité est toujours là, tenace. Elle a résisté à vingt années de politique de la ville ; (...) aux démonstrations de virilité télégénique de Nicolas Sarkozy ; comme à l'augmentation des effectifs de police."
Le Monde, le 17 novembre 2005 : "Luttons contre les causes. Banissons les mots vulgaires, les insultes, la démagogie de M.Sarkozy. Faisons de la prévention."
On comprend tout de suite mieux le couroux de notre ministre de l'intérieur ! Visiblement ce dernier a du mal à digérer la critique, tout préocupé qu'il est par un parcours sans faute. Comment repproche-t-on la chose à Didier Peyrat ? Jean-Amédée Lathoud, procureur général près la cour d'appel de Versailles, se fait porte-voix en jugeant ces propos "contraires aux obligations de réserve et de prudence". Bien, interprétons cette invective : un magistrat se doit donc de garder pour lui ce qu'il pense. Surtout s'il n'est pas d'accord sur un point de la politique gouvernementale. Ensuite il doit être prudent, sait-on jamais, ça pourrait déchainer les foules. Etrange, il n'y a pas plus de voitures brûlées depuis que ses propos ont été rapportés. Par contre utiliser le mot "racailles" pour parle d'une frange de la population qui vit en situation d'échec et laisse exploser son malaise, c'est très prudent, tellement prudent que du coup les jeunes de banlieues se sont dit "on est vraiment cons de semer la zizanie alors qu'il fait tant pour nous, faisons donc une grande réunion autour d'un feu, c'est convivial, et puis on chantera aussi des chansons et on rigolera beaucoup". Le hic, c'est qu'en banlieue il y a plus de béton que de bois de chauffage, du coup ils ont bien été obligés d'utiliser quelques voitures pour mettre l'ambiance. Mais c'est juste faute de bûches hein, pas du tout parce qu'ils étaient énervés qu'est-ce que vous allez vous imaginer. Parce que Sarkozy, LUI, il est très réservé et prudent. Il machouille bien ses mots dans sa bouche avant de les laisser sortir histoire de voir s'ils n'ont pas mauvais goût, il est pondéré, digne, un honnête représentant de la population quoi. Pas comme cet enquiquineur de Didier Peyrat qui a le culôt de remettre en cause ses politiques de sécurité. Ca c'est vraiment dangereux. Après tout, il est vice-procureur chargé des mineurs, donc les jeunes ça ne doit pas être son truc !
Menacer des gens qui ne sont pas tenus au secret médical ça s'appelle presque de la censure. Pas encore certes, mais c'est le stade juste avant. Celui ou on peut encore réagir. Après il sera trop tard. La démocratie n'est pas éternelle, elle est toute jeune, à peine 200 ans, et pas franchement majoritaire dans le monde. Ce serait folie de croire qu'elle est éternelle et fera son petit bonhomme de chemin sans qu'on s'en préocupe.
Ca reste étonnant de la part de quelqu'un qui déclare sur son site officiel :
Une bien belle leçon de conviction et de cohérence, et encore une bonne raison de réfléchir d'ici mai 2007... et d'ouvrir l'oeil, et le bon !
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