Bienvenue sur l'OEIL - un regard sur Nicolas Sarkozy
ALEXIS DE TOCQUEVILLEHomme politique et historien français (1805-1859)
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ALEXIS DE TOCQUEVILLEPour la première fois peut-être, avec le contrat première embauche (CPE), la rhétorique des effets pervers pourrait bien s'appliquer à une réforme libérale. En effet, il y a un risque élevé que le CPE aggrave, au lieu de le diminuer, le chômage des jeunes, contrairement aux intentions de ses promoteurs. Et ce pour deux raisons techniques, non encore mentionnées dans le débat public.
Voici la première. Admettons pour le moment qu'il y ait bien une catégorie spécifique et homogène sur le marché du travail appelée "jeunes de moins de 26 ans". On sait que le taux de chômage de cette catégorie d'âge est beaucoup plus élevé que celui de la tranche d'âge immédiatement suivante. L'erreur commence quand on en déduit immédiatement que les jeunes seraient moins employables que les autres.
Or que nous disent les statistiques sur la durée moyenne de chômage des "jeunes" ? Elle est significativement plus faible que celle de toutes les autres classes d'âge : trois mois de 20 à 24 ans, contre dix mois de 40 à 44 ans (ancienneté médiane de chômage, selon l'enquête emploi 2003). C'est-à-dire que les "jeunes", toutes choses égales par ailleurs, sortent du chômage, en moyenne, plus vite que les autres salariés. Autrement dit, ils ne sont pas moins employables, ils sont plus employables (toujours en acceptant de raisonner sur une moyenne). Comment est-ce compatible avec un chômage relativement plus important des jeunes ? La réponse est cachée dans l'autre variable composant le taux de chômage : à chaque période, les jeunes qui sortent en moyenne plus vite du chômage, sont, proportionnellement, encore plus nombreux à entrer en chômage. La réconciliation de ces deux constats tient en une seule expression : emplois précaires. Les jeunes passent plus souvent que les autres sur le marché du travail, parce qu'on leur propose et qu'ils acceptent, plus souvent que les autres, des emplois de courte durée.
Dans ces conditions, il faut faire preuve d'un optimisme scientifiquement infondé pour voir dans le CPE un remède miracle contre la précarité à l'origine du chômage des jeunes. Bien au contraire, le CPE rajoute, à une liste déjà bien fournie (CDD, intérim, contrats aidés, etc.), un nouveau facteur de rotation des emplois : le droit de licencier sans explication à tout moment pendant un délai maximum de vingt-quatre mois ! Cette façon de rechercher la flexibilité au niveau des jeunes risque de produire plus de précarité qu'elle n'en éliminera.
Mais il y a une deuxième raison de douter de l'efficacité du remède proposé. Tout ce qui précède suppose, comme le fait explicitement le CPE, que l'on doit mettre à part dans le fonctionnement du marché du travail les jeunes de moins de 26 ans : ceux-ci formeraient une catégorie statistique homogène. Or il n'en est rien. L'approche institutionnaliste du marché du travail nous a appris que le chômage est associé à une dynamique de sélection de salariés, et qu'il est concentré sur les actifs peu qualifiés, avant toute considération d'âge. Il conviendrait donc (au minimum) de distinguer, au sein des jeunes de moins de 26 ans, ceux qui sont peu ou pas qualifiés, ceux qui ont une qualification décalée par rapport aux demandes des entreprises et ceux qui sont très qualifiés. Leurs problèmes éventuels de chômage appelleraient chaque fois un traitement spécifique. Les promoteurs les plus avertis du CPE en conviendraient volontiers. Malheureusement, cela n'empêchera pas le CPE de produire son impact déstructurant. Cela passe par deux mécanismes bien connus.
Il y a d'abord un effet de signalement et de stigmatisation, qui confirme à tous les recruteurs qu'embaucher un jeune de moins de 26 ans est une opération tellement aventureuse qu'il faut des avantages exceptionnels pour la rendre économiquement rationnelle - en l'occurrence rien de moins qu'une suspension d'une partie du code du travail ! Il y a ensuite un effet de coordination et d'institutionnalisation : cette catégorie nouvelle, dans la mesure même de son succès, va s'intégrer aux pratiques de gestion des effectifs par les entreprises. Sur quelle base ?
La probabilité est élevée que ce soient les peu ou pas qualifiés qui déteignent sur les autres segments, plutôt que l'inverse : on verra des jeunes, qui auraient pu accéder à un CDI standard, devoir se contenter d'un CPE ; inversement on ne voit pas pourquoi la situation des jeunes les moins qualifiés tirerait un quelconque bénéfice de la dégradation du sort de leurs congénères mieux lotis. A nouveau, cette façon de concentrer la recherche de la flexibilité sur l'ensemble des jeunes risque de se révéler contre-productive, cette fois en créant de la précarité là où il n'y en avait pas. Certes le principe du vaccin consiste à inoculer le mal pour mieux s'en protéger. Ainsi (peut-être) de la flexibilité et de la précarité. Encore faut-il ne pas se tromper de dose.
Dans un communiqué sur le site officiel de l'UMP daté du 17 mars, Philippe GOUJON, Président de la Fédération de Paris envoie un vibrant bravo aux forces de l'ordre et au sang froid des citoyens :
"L'UMP Paris condamne les exactions d'une petite minorité de casseurs"
Il dénonce "les exactions commises par une petite minorité de casseurs qui n’ont rien à voir avec les étudiants qui ont manifesté hier à Paris".
Ca on le savait déjà ! A moins de vouloir se mettre tout l'opinion publique à dos, ils serait malhabile de mettre le feu à des voitures.
"Il faut rendre hommage au sang froid et au savoir-faire des forces de l’ordre qui malgré des agressions gratuites et inadmissibles que chacun à pu constater à la télévision, ont su à la fois préserver l’ordre public, permettre aux jeunes de manifester sans danger et limiter le plus possible les dégâts infligés aux commerces".
Vu à la TV ! Faudra-il bientôt apposer ce sigle sur les communiqués pour les crédibiliser ?!
Evidemment ce genre de débordements sont inadmissibles, qui trouverait normal qu'on mette le feu ou qu'on casse gratuitement à part quelques poignées d'extrémistes ?
Il est franchement regrettable qu'un te communiqué s'appuie sur un "Vu à la TV" pour se légitimer. Que doit-on comprendre à ça ? que si c'est passé à la télé c'est forcément vrai ? Plus crédible qu'une autre source d'information ? Que ça résume en soi la situation sans qu'il soit besoin d'aller chercher ailleurs ?
Attention danger, la télé fait de la politique...
"Enfin, la Fédération tient à saluer le calme des parisiens, exemplaires pendant les troubles".
N'exagérons tout de même pas, quelques casseurs excités ça n'est pas non plus une situation de guerre. En guise de calme j'imagine que les "parisiens" sont resté terrés chez eux, ce que j'aurais aussi probablement fait à leur place...
On congratule donc les pauvres citoyens pris en otage d'une guerrilla visiblement d'une incroyable violence, on rend grâce au droit des jeunes de manifester, on félicite la police et tout le monde est content.
Par contre pas un mot sur le syndicaliste roué à terre qui à cette heure est toujours dans le coma. Sa famille aussi aurait apprécié qu'on "salue son calme"...
Ou l'on apprend que Sarkozy et Denisot sont de grands amis et que désormais les chaînes de télé considèrent un de se passages médiatiques comme un investissement avec retour d'audience. Il est bien loin le temps ou l'on faisait venir des comiques provocateurs dans les émissions de variété...
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